ArianeGroup se meurt de l’absence de préférence européenne

ArianeGroup se meurt de l’absence de préférence européenne

Le groupe Ariane va mal. Hier symbole de la réussite de l’Europe technologique, il devient celui des ravages de la politique mondialiste de l’Union européenne qui ne profite qu’aux Etats-Unis d’Amérique.

« Une gouvernance lourde, une organisation industrielle complexe, un patriotisme économique défaillant : Ariane est à l’image de l’Europe, piégée dans le labyrinthe de ses contradictions. Il lui reste peu de temps pour réagir. » Ce n’est pas un élu du groupe Europe des nations et des libertés (ENL) au Parlement européen qui dresse ce triste constat, mais l’éditorialiste économique du journal Le Monde, Philippe Escande.

Dans un article titré « L’histoire d’ArianeGroup est une belle métaphore des succès et des faiblesses de la construction européenne », il analyse pourquoi ArianeGroup, présenté jusqu’alors, comme Airbus, comme un modèle de coopération technologique et économique entre pays européens, connaît des difficultés qui viennent de conduire le fabricant de la fusée Ariane à annoncer la suppression de « 2 300 postes équivalent temps plein » d’ici à 2023.

Que se passe-t-il ? Tout simplement qu’ArianeGroup, le nom de la société enfin créée en 2015 à parité entre le groupe français Safran (né de la fusion de la Snecma et de la Sagem) et le groupe européen Airbus (dominé par la France et l’Allemagne et dont le siège est aux Pays-Bas), a vu son carnet de commandes fondre comme fusée à l’approche du soleil. Sous l’effet, notamment, de la politique commerciale agressive et des prouesses technologiques de la société créée par le milliardaire américain Elon Musk, SpaceX, qu’elle n’avait pas prévues et auxquelles elle n’a pas su répondre

«  Résultat, écrit Philippe Escande, ArianeGroup a vu ses commandes dégringoler de vingt-cinq par an en 2014-2015 à cinq en 2018. Face à un tel retournement, la structure européenne n’est plus adaptée. Les programmes sont décidés par les pays membres qui, en retour, de leurs financements exigent une part de la fabrication. La production de la fusée est répartie sur seize sitescontre un seul pour celle de SpaceX. De plus, les commandes publiques ont quasiment disparu (trois en 2018).  »

Alors que SpaceX bénéficie, elle, du soutien du gouvernement américain, via la Nasa et le Pentagone, qui, eux, « favorisent les lanceurs domestiques » et les payent au prix fort pour contrebalancer les prix bas pratiqués par SpaceX dans les marchés où il s’agit de l’emporter sur Ariane, comme l’explique L’Usine nouvelle.

 « La filière spatiale (agences, industriels, politiques) est plus divisée que jamais et est desservie par un processus décisionnel européen digne de l’Union soviétique », accuse la CFE-CGC d’ArianeGroup, qui écrit sur son blog :

« Les Américains ont décidé, n’ayons pas peur des mots, de faire la peau aux Européens. »

« ArianeGroup réclame une préférence européenne »confirme l’Usine nouvelle, mais en vain, « alors que les Etats-Unis, les Russes, les Chinois, les Japonais n’hésitent pas à privilégier leurs lanceurs domestiques ».

« Résultat : Arianespace réalise à peine plus d’un quart de son activité grâce aux lancements institutionnels, c’est-à-dire ceux confiés par les acteurs publics ou étatiques européens(Commission Européenne, l’Agence spatiale européenne et ses différents états membres, l’Agence européenne Eumetsat de météorologie…). Cette proportion grimpe à 57 % pour les Etats-Unis, 79 % pour la Russie, 8 9 % pour la Chine. […] Le futur lanceur européen n’a reçu que trois commandes institutionnelles : une commande de la Commission européenne pour 2 lancements en 2017 pour la constellation Galileo et une autre pour le lancement en 2018 d’un satellite du ministère français des Armées. »

Fermer le menu