Démonstration de force de Vox en Espagne

Démonstration de force de Vox en Espagne

Fondé il y a moins de cinq ans, le parti Vox vient de réussir une démonstration de force en réunissant 10 000 personnes à Madrid.

Le grand quotidien castillan de centre droit El Mundo en a fait sa une le 8 octobre ; el Periódico de Catalunya a fait de même, lançant une « Alerte Ultra » face à ce qui lui semble être le signe d’une « transformation de la carte politique » : la veille, dimanche 7 octobre, le parti Vox, jeune formation de la « droite nationale » issue d’une scission du Partido Popular (conservateur), avait réuni 10 000 personnes à Madrid pour un meeting.

Aux 7 000 personnes enthousiastes qui remplissaient le palais de Vistalegre – lieu symbolique qui a vu naître en 2014 la formation de la gauche radicale Podemos, ainsi que l’a relevé Le Monde –, il fallait en effet ajouter les 3 000 personnes qui avaient dû rester dehors faute de place, les anciennes arènes étant archicombles une heure avant le début du meeting. Une affluence inattendue pour une formation qui, il y a un an encore, ne revendiquait que 3 400 adhérents, mais qui, à la suite de la crise catalane, et surtout après l’accession au poste de premier ministre du socialiste Pedro Sánchez en juin dernier, a vu ses effectifs exploser pour atteindre « plus de 11 200 membres ».

Que défend Vox ? L’« unité indissoluble de la nation espagnole » contre « les pulsions séparatistes » ; la grandeur de l’Espagne, de sa « trajectoire historique » et de son « envergure culturelle et économique » ; l’économie de marché lésée par une fiscalité « confiscatoire » ; la « culture de vie » (« Une société responsable et moralement saine doit défendre et promouvoir la culture de la vie, et protéger la famille »).

« L’Espagne, écrit Vox dans son manifeste, est une grande nation qui a toujours réussi à surmonter les moments difficiles de son histoire grâce au courage, à la détermination et au sacrifice de son peuple. Il ne doit y avoir aucune place pour le pessimisme ou le découragement dans la période de difficultés que nous traversons. Les temps de crise offrent les meilleures possibilités de rectification et d’amélioration. Les Espagnols doivent être conscients que le patriotisme critique, ambitieux et serein constitue leur meilleure arme pour retrouver le chemin de la croissance matérielle et de la force morale. »

C’est dans cet esprit que, au palais de Vistalegre, Rocío Monasterio, la présidente de Vox Madrid, en a appelé à la défense du modèle social espagnol mais au seul profit des Espagnols :

« Nous voulons maintenir l’Etat providence pour les Espagnols. Nous pensons que des ressources sont nécessaires pour l’éducation, la santé et la protection de nos familles. Nous devons comprendre que notre Etat social est incompatible avec une politique d’ouverture des frontières. Nous ne voulons pas que nos quartiers se retrouvent comme Vallecas ou Lavapiés [deux quartiers de Madrid à très forte population immigrée, Ndlr], nous voulons des salaires décents et des logements abordables pour tous les nôtres qui souffrent. »

Javier Ortega, secrétaire général de Vox, a pour sa part lancé, lyrique :

« Nous nous adressons à tous ceux qui se lèvent chaque matin dans l’espoir de faire progresser leur famille et leur travail […]. Nous nous adressons à tous ceux qui, parfois, ont dû serrer les dents de colère et d’impuissance, voyant notre drapeau brûlé, notre hymne et notre roi insultés. Nous nous adressons à ces braves qui portent l’uniforme avec honneur, loyauté et professionnalisme, dans notre police, dans notre Garde civile, dans nos forces armées […] Nous nous adressons aux entrepreneurs et travailleurs indépendants, héros authentiques oubliés et maltraités par le pouvoir politique, qui créent des richesses et des emplois […] Nous nous tournons vers ces jeunes mères, abandonnées devant leurs difficultés et poussées sans merci vers la tragédie de l’avortement. Nous nous tournons vers nos compatriotes qui ont subi le terrorisme ou le crime et ont observé avec impuissance l’impunité des criminels. »

« Ensemble, a-t-il conclu, nous allons redonner gloire à l’Espagne ! Vive l’Espagne et vive le roi ! »

José Antonio Ortega Lara, fondateur de Vox, a lui aussi enflammé la salle en affirmant notamment :

 « Nous sommes la résistance contre l’élimination programmée de notre nation, d’où la nécessité de ne pas bouger d’un millimètre de nos positions initiales. Vox est un instrument au service de l’Espagne, pas des comploteurs du coup d’État, des séparatistes ni des terroristes. »

Dans son discours de clôture, Santiago Abascal, le président de Vox, en a appelé lui aussi à retrouver la fierté d’être espagnols :

« Vox est la grande Espagne, l’Espagne heureuse, l’Espagne vivante […] L’Espagne ne s’arrêtera pas avant d’avoir reconquis son destin, sa grandeur et sa dignité humiliée […] Une nation se réveille quand elle a du sang dans ses veines […] L’Espagne a son génie, son peuple et son roi. Et maintenant, l’Espagne a aussi Vox ! […] N’oubliez pas que nous ne sommes pas venus pour gagner en Espagne, nous sommes venus pour que l’Espagne gagne avec nous ! »

D’ici aux élections européennes, municipales et des régions autonomes, en 2019, Vox entend occuper un « espace électoral antisystème de droite », et les européennes « seront non seulement le vrai test, mais aussi la porte d’entrée de Vox dans les institutions nationales », affirmait récemment Santiago Abascal au quotidien de gauche Público, lequel concluait ainsi : « Les sondages commencent à lui donner raison. » Les plus récentes études d’opinion accordent en effet deux à trois sièges de député à Vox à l’issue des prochaines élections européennes.

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