La « décolonisation » de Gibraltar fait irruption dans le Brexit

La « décolonisation » de Gibraltar fait irruption dans le Brexit

Faut-il profiter du Brexit pour «  décoloniser  » Gibraltar  »  ? C’est ce que réclame le Parti populaire (conservateur) au gouvernement du premier ministre socialiste Petro Sanchez.

Parmi les (très nombreux) problèmes qui doivent être résolus pour que le Brexit, la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, soit bien effectif le 29 mars prochain, il en est qui devient une affaire de politique intérieure en Espagne  : le statut de Gibraltar.

Depuis la guerre de Succession d’Espagne, au tout début du XVIIIesiècle, ce petit territoire de 6,8 km2situé au sud de l’Espagne est possession britannique. Au sein de l’Union européenne, qu’il a rejointe en 1973, en même temps que le Royaume-Uni, il dispose d’un statut particulier (et unique) : il est « exclu de quatre domaines de la politique de l’UE, à savoir l’union douanière, la politique commerciale commune, la politique agricole commune et la politique commune de la pêche », et il n’est pas soumis à l’obligation de prélever la TVA. De plus, il n’appartient pas à l’espace Schengen.

Fin octobre, au Parlement espagnol, l’ancien ministre des Affaires étrangères José Manuel García Margallo, membre du Parti populaire, a vivement interpellé son successeur (socialiste) Josep Borrell, qui fut président du Parlement européen de 2004 à 2007, en lui reprochant de n’avoir pas profité du Brexit pour réclamer la « souveraineté partagée » sur Gibraltar. « Vous avez manqué une occasion en or ! », lui a-t-il lancé.

Pablo Casado, le président du Parti populaire depuis l’été dernier, est allé encore plus loin en affirmant :

« Nous avons manqué une opportunité historique, après trois siècles [d’occupation], de décoloniser la dernière enclave coloniale en Europe. »

Si la souveraineté sur Gibraltar refait ainsi brutalement surface, ce n’est pas seulement en raison du Brexit, le sujet n’ayant été que marginalement évoqué lors des récents débats au sein de la classe politique espagnole. Le Parti populaire cherche surtout à endiguer la montée du parti Vox, qui vient mordre sur son électorat et qui revendique, lui, la pleine souveraineté de l’Espagne sur « le rocher ».

Les 32 000 habitants de Gibraltar, eux, n’en veulent pas  : lors d’un référendum tenu en 2002, appelés à se prononcer sur la «  souveraineté partagée  » entre l’Espagne et le Royaume-Uni et l’Espagne, les Gibraltariens avaient répondu non à 99,5  %.

Le statut de Gibraltar dans le cadre de la sortie du Royaume-Uni de l’UE doit faire l’objet d’un protocole séparé, non finalisé et dont les termes sont tenus secrets jusqu’à la signature de l’accord global sur le Brexit. Il est d’autant plus délicat à établir que, à Gibraltar, les électeurs se sont prononcés à 96 % contre la sortie de l’Union européenne.

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