Le discours passé inaperçu de l’ambassadeur des Etats-Unis auprès de l’UE

Le discours passé inaperçu de l’ambassadeur des Etats-Unis auprès de l’UE

L’avantage avec les Américains, c’est qu’ils ne dissimulent pas leurs intentions. Ainsi du discours musclé que vient de tenir Gordon Sondland, l’ambassadeur des Etats-Unis auprès de l’Union européenne.

Au printemps dernier, Donald Trump a fait de l’homme d’affaires et financier Gordon Sondland l’ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique auprès de l’Union européenne. Mardi dernier 13 novembre, invité de l’European Policy Center (EPC), un « think tank » œuvrant en faveur de l’« intégration européenne », il a tenu un discours à la limite de ce qu’autorise le langage diplomatique.

S’exprimant devant « quelques-uns des visages les plus influents à Bruxelles, issus du secteur public et du secteur privé », ainsi qu’il l’a lui-même souligné en introduction, Gordon Sondland a tenu à rappeler qu’il avait pour tâche d’exposer et de défendre, non pas une vision personnelle, non pas seulement celle de son pays, mais bien « la vision du Président Trump sur les relations entre les Etats-Unis et l’Union européenne ».

La première partie de son propos a consisté à flatter son auditoire : « La relation entre les États-Unis et l’Europe est l’un de nos partenariats les plus importants » a-t-il ainsi affirmé, évoquant les « liens culturels et historiques de longue date » et parlant de « la plus grande relation bilatérale de commerce et d’investissement au monde ».

Puis il en est venu au cœur de son propos. Au message que Donald Trump, à travers lui, voulait faire passer. A savoir que l’Union européenne devait absolument lever, et vite, les « barrières douanières » et « avantages injustes » qui nuisent encore à la pénétration, par les sociétés américaines, du marché européen, et pourraient, par voie de conséquence, nuire aussi aux sociétés européennes désireuses de s’implanter aux Etats-Unis.

« Ainsi, si nous voulons que nos relations économiques se développent encore davantage, l’Union européenne doit également réduire les obstacles à l’entrée des industries et des instituts de recherche américains dans des programmes tels que Horizon Europe et le Fonds européen de défense. Cela créerait des emplois et de la croissance et améliorerait la vie des habitants des deux côtés de l’Atlantique. »

Horizon Europe ? Il s’agit tout simplement, dans le cadre du budget 2021-2027 de l’UE, d’un programme de 100 milliards d’euros pour la recherche et l’innovation ! Dont les buts premiers sont de « renforcer les bases de l’Union européenne en matière scientifique et technologique » et de « stimuler la capacité d’innovation de l’Europe ».

Quant au Fonds européen de défense, comme son nom l’indique, il a vocation à « stimuler les capacités de défense européenne » et est doté, pour le moment, de 13 milliards d’euros pour la période 2021 à 2027.

Autant dire que ces deux programmes nommément désignés par l’ambassadeur des Etats-Unis sont les plus stratégiques pour l’indépendance de l’Europe.

Pour tenter de convaincre son influent auditoire, Gordon Sondland a ensuite développé le troisième volet de son intervention, celui des menaces, qui obligeraient l’Union européenne et les Etats-Unis à faire front commun, et même pot commun, à savoir, principalement, «  les activités néfastes de la Russie  »  :

« Nous devons accroître notre détermination à mesure que les Russes augmentent leur menace […] Nous devons également surveiller de près et lutter contre les cyber-activités malveillantes et la désinformation afin de préserver l’intégrité de nos institutions démocratiques. »

Et l’ambassadeur des Etats-Unis d’être très clair concernant le projet de gazoduc Nord Stream 2 qui doit relier la Russie à l’Allemagne via la mer Baltique  :

«  Notre opposition à des projets tels que le pipeline Nord Stream 2 existe depuis très longtemps. […] Les États-Unis – et de nombreux États membres de l’UE – sont convaincus que la diversification des filières et des sources d’approvisionnement en énergie est la seule solution pour l’Europe. Nous sommes prêts à travailler avec vous pour atteindre une véritable sécurité énergétique.  »

Et sinon  ?

« Personne ne peut sérieusement mettre en doute l’engagement des États-Unis à l’égard des relations transatlantiques. […] Mais soyons francs : si la situation s’en trouvait inversée et que les États-Unis dégageaient un excédent commercial important avec l’Union européenne, celle-ci serait précisément ciblée pour redresser ce déséquilibre. »

« En outre, a-t-il conclu, les contribuables américains sont fortement sollicités pour financer les besoins de défense de l’Otan et de l’Europe. Ce qu’ils demandent en retour, c’est que l’UE soit raisonnable en ce qui concerne ses propres dépenses militaires et permette aux États-Unis de siéger à la table. »

On ne saurait être plus «  cash  ».

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