Que cache la démission du directeur de la politique spatiale européenne ?

Que cache la démission du directeur de la politique spatiale européenne ?

Philippe Brunet, qui dirigeait la politique spatiale de l’UE depuis la Commission européenne, a démissionné fin novembre dans la plus grande discrétion, invoquant des dysfonctionnements « dans le domaine essentiel de la sécurité » ! Qu’a-t-il bien pu découvrir ?

Sa démission a été discrète. Avec le titre de directeur de la Politique spatiale aux services du Marché intérieur de l’Union européenne, le Bordelais Philippe Brunet était le patron et le stratège de la politique spatiale de l’Union européenne, ainsi que du programme Copernicus, le «  programme européen d’observation et de surveillance de la Terre  », qui vise à permettre aux pays européens de ne plus dépendre en la matière des Etats-Unis d’Amérique.

Or fin novembre, Philippe Brunet, qui occupait ce poste sensible depuis janvier 2015 après une longue carrière au sein des institutions européennes – il était auparavant responsable des question aérospatiales, maritimes, de sécurité et des industries de défense au sein de la Commission –, a démissionné. Nul n’en a fait état, hormis quelques lettres spécialisées, qui s’interrogent. Que s’est-il passé  ?

Le seul, pour l’heure, à avoir porté l’affaire sur la place semi-publique, est Renouveau & Démocratie, le Syndicat du personnel des Institutions européennes, qui a adressé à l’Allemand Martin Selmayr, secrétaire général de la Commission européenne, une demande d’explicationset l’a rendue publique

«  Alors que l’Europe de la défense fait l’objet de toutes les attentions au sein de l’Union européenne avec le lancement d’une nouvelle structure de coopération et que les réactions politiques au plus haut niveau, y compris outre-Atlantique, ne cessent de rappeler l’importance et la sensibilité du sujet, nous apprenons que le Directeur en charge de l’espace, Corpernicus et la défense vient de démissionner en demandant d’être affecté sans délai à des tâches hors encadrement. […] Il a fait part de son impossibilité de continuer d’exercer ses fonctions en raison d’un manque de confiance et d’une méconnaissance absolue des dossiers qui ont conduit aux récentes décisions intervenant dans le domaine essentiel de la sécurité.  »

«  Face à la gravité de cette démarche et des raisons invoquées pour la motiver,poursuit Renouveau & Démocratie, il faut que toute la clarté soit faite sans tarder  », réfutant les explications qui commencent à être avancées  : raisons personnelles, souhait d’avancement de carrière, etc.

Et le syndicat de demander à Martin Selmayr de diligenter«  une investigation formelle sur cette affaire portant sur les dysfonction­nements graves dont notre collègue a fait état  », et de poser ces questions majeures  : 

«  1. Y a-t-il eu des pressions de lobbyistes ou d’Etats membres et sur quels dossiers  ?

2. Qui au sein de la [direction] n’aurait eu de cesse d’opposer des contraintes, des embarras  ?

3. Qui a pris in fine les décisions en la matière et notamment dans le domaine essentiel de la sécurité quelles en sont les conséquences  ?  »

Copie du courrier a été adressée à Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne.

On relèvera simplement que la démission de Philippe Brunet est intervenue peu après que Gordon Sondland, l’ambassadeur des Etats-Unis auprès de l’Union européenne, a exigé que l’Union européenne « rédui[s]e les obstacles à l’entrée des industries et des instituts de recherche américains dans des programmes tels que […] le Fonds européen de défense ».

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